Ce terme apparait comme propre au monde des fanfictions – un néologisme spontané émanant d’une communauté pour pallier à un manque de vocabulaire – et plus précisément à la série Stargate SG-1, puis Stargate Atlantis – bien que j’aie pu le voir utilisé à propos d’autres séries, telles que NCIS, Numbers, Supernatural.

Le terme "officiel" en vigueur et proposé en tant que catégorie sur fanfiction.net est "hurt/comfort" (souvent abrégé en H/C), et c’est un ajout relativement récent. Il a l’avantage d’être plus explicite mais réduit de fait les applications potentielles. Le whump n’implique a priori aucun réconfort (mais c’est souvent l’usage).

Ma traduction personnelle (copyright) serait "martyrisage", qui a l’avantage de pouvoir se décliner en verbe (martyriser), tout comme l’anglais. Mais les fanfiqueurs français (autre néologisme copyright) sont plus portés sur la romance à deux ronds que sur le whump. Dommage.

Une définition potentielle ferait quelque chose comme : ouvrage de fiction dans lequel un ou plusieurs protagonistes sont blessés (physiquement, sinon pour la torture psychique on parle de "angst" (mot anglais d’origine allemande signifiant "angoisse")), faisant ainsi les frais de l’esprit diaboliquement sadique du scénariste/auteur/fanfiqueur.

Ce qui est intéressant, c’est que si l’usage du mot semble devoir se cantonner à l’univers des fanfictions, il est potentiellement applicable à un grand nombre de livres, de films et surtout d’autres séries TV.

C’est une des raisons pour lesquelles je remercie internet d’exister : pour m’avoir prouvé que je n’étais pas la seule fan déviante à me réjouir de ce que j’appelais pudiquement à l’époque où je regardais SG1 "les malheurs de Daniel Jackson". Il y a des séries que je regardais uniquement pour le plaisir de voir un des personnages se faire systématiquement massacrer avec une régularité affolante (Mallory dans Sliders, Richie dans Highlander, et tout un tas d’autres séries dont j’ai même un peu honte).

Cela dit on ne peut pas accuser la TV d’avoir perverti mon petit cerveau de gosse, j’étais déjà atteinte à 7-8 ans, quand je lisais (quasiment exclusivement), les Club des Cinq et les Six Compagnons, très fournis en whump – certes édulcoré, mais l’idée reste strictement la même. Aussi ma plongée dans l’univers des fanfictions m’a immensément rassurée. Je ne suis pas la seule, loin de là.

En théorie (et croyez-moi, j’ai une connaissance étendue du whump), on peut whumper n’importe quel personnage, mais en pratique certains personnages apparaissent plus whumpeables que d’autres.

A priori il s’agit d’un homme, jeune, pas trop moche (cela dit, les fanfics whump sur Zelenka sont intéressantes… je m’égare), souvent le héros, ou alors, encore plus fréquemment, l’ami du héros. Cela permet de rajouter du angst à l’affaire, un sentiment d’échec, des envies de vengeance, des épisodes de réconfort, etc, ce qui ne gâche rien. Sheppard angst, McKay whump. (Le postulat de la fic que je suis en train de (re) traduire, tiens…).

Martyriser l’ami, le second du héros, c’est un recours facile qui marche toujours. D’où le syndrome Daniel Jackson ; l’intello tête en l’air qui se ramasse tout quand le héros plus fortiche doit le secourir (Charlie dans Numbers, Reid dans Criminal Minds – même si dans le cas de cette série c’est bien plus complexe que ça…). C’est en quelque sort la réécriture moderne du schéma du chevalier et de la demoiselle en détresse, version SF. (Ça expliquerait du coup l’autre intriguant versant des fanfictions, le slash.)

De l’autre côté, il y a le whump qui vise le héros ; cette fois c’est forcément plus violent, puisqu’il est censé être plus fort, et plus désespéré aussi, car il doit la plupart du temps se libérer/sauver seul. (Il y a aussi les fanfictions qui renversent les rôles, et si c’est bien "in character" ça peut faire des trucs exceptionnels.) Et là on a le syndrome John Sheppard.

Je me suis rendue compte que Sheppard était un genre de personnage type, qu’on retrouve dans quasiment toutes les séries whumpeables, un archétype de personnage. Sans faire de liste exhaustive, on peut sans trop hésiter citer : Tony DiNozzo (NCIS), Don Epps (Numbers), Fox Mulder (X-Files), Bosco (Third Watch), Brendan Dean (ThoughtCrimes… un téléfilm qui aurait fait un superbe pilote pour une série), etc.

Le personnage "type Sheppard" est généralement un militaire ou un flic, il se sert davantage de ses muscles mais ce n’est pas une brute. Il a souvent un passé trouble, problèmes familiaux, cours martiale, rapports conflictuels à l’autorité, etc, ce qui en fait un personnage solitaire et perturbé, qui s’immerge tout entier dans mon boulot.

C’est à la fois rassurant de retrouver un tel personnage dans une série ou un film et un peu limité, au bout d’un moment on finit par tourner en rond et épuiser tous les ressorts scénaristiques. (L’autre archétype récurrent dans les séries à forte tendance whump, c’est le principe de l’équipe, avec un boss plus âgé (problèmes familiaux, toute sa vie c’est son travail) et les autres, plus jeunes, qui gravitent autour de lui, qui sont réprimandés tout en cherchant à lui plaire. (Gideon dans Criminal Minds, Gibbs dans NCIS, O’Neill dans une moindre mesure, les experts de tous horizons…))

A l’écran le whump reste le plus souvent un fantasme du spectateur, qui reste sous-entendu, évoqué, potentiellement présent mais jamais aussi présent que dans une fic H/C (ce qui ne veut nullement dire qu’une fic whump est forcément dépourvue de toute intrigue, c’est souvent paradoxalement l’inverse qui se produit, avec des fics à chapitres extrêmement développées).

Si l’on considère par exemple Numbers, série pour laquelle les fanfiqueurs s’en donnent à cœur joie au détriment de ce pauvre Charlie, on se rend compte que les épisodes TV sont très rarement violents, et encore plus rarement cette violence est dirigée à l’encontre d’un des membres de l’équipe. Le plus souvent il s’agit d’une menace latente, qui n’est pas mise à exécution. Les fanfictions, empruntant les personnages, les situations menaçantes, vont alors se permettre d’aller bien plus loin, montrant ce qui n’est pas montré.

Le whump des séries est donc le plus souvent une tension, un whump potentiel, même si certaines séries en font leur pain quotidien (Supernatural). Les rares épisodes réellement violents semblent toujours trop courts, ils n’en montrent jamais assez, de l’avis des fans.

Ainsi ils servent souvent de point de départ pour des "tags", genre particulier qui consiste à développer (souvent dans un court one-shot, mais ce n’est pas une règle absolue) un élément existant d’un épisode trop rapidement évacué. Il s’agit soit de rajouter du whump là où il n’y en avait pas, soit d’expliciter celui qui n’était que sous-entendu. Il existe également des tags qui rallongent la partie évoquée à l’écran en lui ajoutant un dénouement, le "comfort" après le "hurt". (Episodes de SGA qui ont donné lieu à des tags notables : The Eye, Thirty Eight Minutes, Echoes…)

Cela dit en règle générale les fanfictions whump ne partent pas d’un épisode existant et développent leur propre martyrisage original. Après les communautés (principalement fanfiction.net et livejournal) prennent le relai et rivalisent d’inventivité, afin de toujours trouver une nouvelles forme de torture inédite, une nouvelle variante dans un scénario. Car le whump va de pair avec la créativité *evil grin*…

Quant au sentiment provoqué par le whump, c’est sans nul doute du plaisir – dès lors faut-il le qualifier de malsain ? Pas la peine d’aller très loin pour voir que le whump a des racines communes avec le sadisme. Un certain plaisir de la douleur – aimer voir souffrir les autres.
Toutefois le whump est principalement "tension vers" – c’est le moment pendant la pub entre deux épisodes, juste après les quelques images bien terrifiantes qui annoncent le pire pour les personnages dans le prochain épisode. C’est toute l’originalité, la créativité qui entoure le whump. La variation des fanfictions autour d’un thème "classique". Du whump trop "graphique", que ce soit à la TV ou dans une fanfiction, aurait du mal à passer ; ce qui est plus intéressant c’est la possibilité de réconfort qui suit.

(C’est en somme le principe des contes de fées. L’héroïne mène une vie de souffrances, à la fois matérielles et psychologiques, mais parvient au prix d’épreuves, de retournements de situation et de courage à se libérer et à la fin tout finit bien.)

Parfois c’est trop, mais ce n’est pas en rapport avec la longueur, la violence ou encore la gravité des blessures ; c’est une espèce de barrière floue entre ce qu’il est moralement possible d’apprécier – bien que ce plaisir reste sadique – et ce qui devient de la cruauté pure sans possibilité de salut.

C’est la différence qui peut exister, au cinéma, entre la violence présence dans un film d’aventures, style Indiana Jones, Star Wars (la main coupée, mandieu, encore traumatisée…) et un policier ou un thriller réaliste présentant la violence comme partie intégrante de notre monde. Ce n’est plus John Sheppard qui se fait botter le cul par des aliens dans une autre galaxie, mais des types cernés par le mal en bas de la rue (cf. Straightheads, pour moi ce film est au-delà de cette limite).

On pourrait avancer l’hypothèse que la recherche du whump est une tentative de création d’un exutoire pour échapper à cette violence réelle, bien plus terrifiante. On peut voir dans les fanfictions un moyen d’atteindre un sentiment de supériorité, de maîtrise sur des personnages d’un univers contrôlé et malléable à souhait. Quel que soit le degré de whump qu’ils subissent, il y a toujours une  porte ouverte, un retour à la normale, la seconde partie du H/C. Il arrive à ces personnages les pires choses qui pourraient nous arriver – ça va basiquement de l’accident domestique à l’enlèvement suivi de torture – mais ils s’en sortent, ils surmontent ces épreuves.

Remarques :
Il a fallu attendre la saison 5 de Kaamelott pour avoir du vrai whump en bonne et due forme (l’attaque à l’auberge, Venec, Lancelot, la fin…) ; les premières saisons n’en contiennent que très rarement et de manière éludée (l’épisode de la fausse monnaie…). Faut-il en conclure que ça va de pair avec la noirceur, le désespoir grandissant ? Pas si sûr, je pense surtout que c’est davantage une question de réalisation technique, puisque c’est aussi dans cette saison 5 qu’on a davantage de magie à l’écran…

N’y a-t-il du whump que dans les réalisations artistiques liées à la "culture populaire" ? Certes non, puisque pour me tenir réveillée au cours de la lecture de certains pavés de la littérature française, je me souviens avoir corné chaque page du Rouge et le Noir où il y avait du whump potentiel. Cela dit je n’ai jamais écrit de fanfiction à ce propos… faut pas pousser non plus.