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En matière de musique, de critique musicale, je me sens toujours démunie. Je n’ai pas le vocabulaire technique, je n’ai pas les références classiques, et surtout je suis globalement empêchée par mon fangirlisme latent. Mais dans le fond, c’est vraiment rare que j’aime des groupes qui n’ont pas de talent – forcément, un groupe banal finit par lasser, même si on l’a beaucoup aimé à un moment donné.

Quand j’ai écouté Tame Impala pour la première fois, ça a été une révélation, au sens mystique. Ce truc superbe avec la basse sur Half Glass Full of Wine, les paroles des chansons du premier EP, le rythme, la voix, le tout. C’était musicalement nouveau, à mes yeux, tout en étant furieusement inspiré de plein d’autres groupes et courants. A mes yeux (oreilles), c’était LE groupe à suivre, un groupe qui ferait de grandes choses. C’était courant 2009 ; en 2010 ils sortaient leur premier album, InnerSpeaker, dans une grande maison de disque australienne, avant d’enchaîner sur une tournée mondiale. Yah.

Mais le truc, c’est que quoi qu’on en dise, Tame Impala, c’est pas du rock, et c’est pas un groupe. J’invente rien, c’est Kevin Parker lui-même qui l’a dit. Le groupe c’est lui, et la musique, c’est sa musique intérieure – control freak, much ? Possible, mais le résultat est là. Et les musiciens de la tournée alors ? Ce sont ses potes, qui ne manquent pas une occasion en interview de placer un peu de promo pour leurs propres groupes, qui pour le coup font vraiment du rock.

En novembre 2010, je me souviens avoir écouté des chansons de POND, un autre groupe découvert au gré de mes visionnages youtube. C’était amusant, frais, de la pop joyeuse et déjantée. Il faisait beau, j’étais chez une copine, et j’écoutais ça sans trop y penser, en fond sonore tout faible. Et puis j’ai oublié – le genre de groupe qui plaît un temps et puis qu’on laisse tomber ? Pas si sûr...

En juillet 2011, j’ai revu Tame Impala, à Lyon cette fois (car oui, je suis allée jusqu’à Lyon pour la première partie plus que pour les Arctic Monkeys, qui étaient super sur scène aussi, il faut bien l’avouer, mais on est une fangirl ou on ne l’est pas). Braif, je me suis remise à écouter intensément InnerSpeaker, et, incidemment, j’ai découvert que POND, l’autre petit groupe pas connu, était composé en grande majorité de membres de Tame Impala (sous des surnoms farfelus, et jouant des instruments différents). Quelque part ça change la donne quand le facteur fangirlisme s’en mèle, et j’ai presque pas honte, mais de réaliser QUI était le chanteur de POND, et à quel point les rôles étaient différents de Tame Impala, ça m’a lancé ensuite dans une écoute intensive de POND.

Que dire, musicalement parlant ? La voix de Nick “Paisley Adams” Allbrook (bassiste de Tame), c’est un croisement improbable entre Bowie et Iggy Pop, c’est forcé, c’est bizarre, c’est entraînant. Les trois albums du groupe n’ont rien à voir entre eux, et seul le dernier en date, Frond, sonne un temps soit peu comme un album « pro ». Mais ça on s’en fout, tellement c’est fertile et plein de possibilités. POND, à mon sens, a toutes les chances d’être le prochain groupe australien à faire parler de lui, parce qu’ils font de la pop surréaliste, et que le frontman a assez d’énergie pour douze. J’ai de grands espoirs, et pas seulement parce que je tuerais pour une tournée européenne...

Et, en creusant un peu, après avoir regardé beaucoup, beaucoup d’interviews de Kevin Parker et comparses, j’ai découvert que Tame Impala (le projet « qui a marché »), n’était pas le premier groupe que le chanteur de POND et le leader de Tame Impala ont en commun – le projet initial, qui remonte au moins à 2005, s’appelle Mink Mussel Creek, et c’est vraiment quelque chose. Probable que ça marchera jamais, mais peut-être qu’un jour, dans vingt ans, trente ans, ça sera aussi culte que... et là ma culture musicale (de merde) me fournit uniquement des noms de premiers albums de groupes de classic rock américains totalement inconnus, mais passons...

Mink Mussel Creek, c’est un bout de POND, un bout de Tame Impala, c’est un groupe de jeunesse, un garage band au sens le plus concret du terme. Un groupe maudit, probablement, qui s’est fait piquer ses enregistrements il y a quelques années et sort à peine son premier album, peut-être, bientôt. Et cet album, Mink Mussel Manticore, j’ai pu l’écouter – un australien m’a refilé les mp3 qu’ils ont donnés à une poignée de personnes au concert de lancement à Perth.

La première fois que je l’ai écouté, les oreilles encore toutes remplies des jolies mélodies psychédélique de POND, j’ai tiqué. C’était sombre, lourd, long, limite poussiéreux. Le genre de truc qui fait plus démo qu’album fini. Mais, comme tous les albums vraiment bons, c’est un truc qui finit par vous hanter, deux jours, une semaine plus tard. On y revient, forcément, fatalement, parce que c’est fascinant. C’est tellement dense qu’il faut un moment pour adhérer, et quand on adhère c’est le pied.

Je suis pas douée pour décrire musicalement, mais je tiens à ce que ce soit dit quelque part : un jour, ce sera connu, et ce jour-là, je ferais « yes ! je le savais ». Des paroles psychotiques, vraiment bizarres, des couplets perdus au milieu de longs riffs à la Black Sabbath, des chansons de plus de dix minutes, qui s’étirent et se transforment, et l’impression permanente d’écouter un truc à la fois moderne et vieux, novateur et déjà-entendu, en un mot, déstabilisant.

Quelque part, j’accroche parce que c’est pas prétentieux, alors que ça aurait facilement pu virer dans ce sens ; et c’est pas parfait, c’est rugueux et brut, ce qui est assez étonnant quand on sait qu’ils se traînent ces chansons depuis plus de six ans.