mardi 6 janvier 2009
Kaamelott, livre V - symboles et échos
Le symbole de la quête dans le livre V de Kaamelott est à mon sens un des thèmes les plus intéressants, car il renvoie à la fois à toute la légende arthurienne “classique”, mais également au “mythe” tel qu’il est recréé par Astier dans son œuvre. Symbole car en grec cela désigne une des parties d’un tout, qui n’est entier que si les deux morceaux sont réunis. La quête du Graal c’est en somme une tension, une course vers quelque chose d’absent que l’on n’est même pas sûr d’avoir défini correctement, ce qui en fait une quête du divin, une quête spirituelle, au-delà de l’objet matériel, tangible.
Dans le livre V, le pouvoir est remis en question, il passe de main en main, mais n’est plus légitimé par les dieux ; l’abandon de l’épée par Arthur c’est le moyen qu’il a de renier son destin, sa mission divine et la quête. Il sombre au départ dans l’inaction (« vous n’allez pas passer vos journées à manger quand même ? » s’inquiète la Reine quand il finit par déterminer qu’il aime les chiens et manger. « Ah ben non, je vais faire moitié bouffe, moitié plumard, » répond l’intéressé), avant de se trouver une autre quête, celle-ci bien définie et tangible, la quête de sa « descendance », ainsi que le formule le pêcheur.
Cette fois-ci l’objet est précis, Arthur sait où chercher, il sait quoi demander. Après l’inaction, l’action, le mouvement, la route. Il est pressé, il se sent retenu en arrière par ceux qui l’accompagnent, tout comme c’était le cas pour la quête du Graal. Toutefois, bien vite l’objet vers lequel tend cette quête physique, terrestre, commence à lui aussi se dérober. Il va d’échec en échec, et finit par laisser tout le monde derrière lui. La quête physique s’achève quand il se rend compte que la mort est partout autour de lui, qu’il n’y a plus d’espoir. A ce sujet le dialogue avec la bergère est un des plus tristes jamais écrit dans la série à mon sens, et un des plus justes pourtant.
Ce qui vient ensuite c’est une succession de pauses, d’étapes qui au lieu de le rapprocher de son avenir, ses enfants, le ramènent en réalité vers son passé, comme le préfigurait la question de la bergère. Quand elle lui demande de définir ce qu’il fait, il s’appelle lui-même "chef de guerre", même s’il ne fait rien pour le moment. Il n’a pas de fonction, autre que celle de roi qu’il a reniée. Sa quête, sa recherche d’avenir, d’un autre avenir, lui est refusée et cet aveu de sa nature-même l’empêche d’y prétendre.
Le passé, c’est Venec, rencontré sur la plage, l’éternelle négation de sa souveraineté et le refus d’écouter les paroles de celui qui aurait pu le renseigner sur Lancelot, lui aussi appartenant au passé qu’il chercher à fuir. C’est aussi le pêcheur, lui aussi piégé, immergé totalement dans le passé, Anton, son enfance, et la pythie, qui l’appelle « Arturus » et qui fait le lien avec Rome. La vacuité du voyage le pousse à se tourner vers son passé, à faire le bilan de ce qu’il a accompli jusque là ; d’où son amertume à la fin, au cours de la scène à la Table Ronde désormais présidée par Karadoc (« Je veux pas qu’on dise que j’ai rien foutu »).
Continuant sa quête seul, il en fait quelque chose de plus, encore une fois se rapprochant du spirituel alors qu’il y a renoncé en replantant l’épée. Cela devient une quête spirituelle dans le sens où l’important n’est plus l’objet de la quête elle-même, son aboutissement, mais le cheminement qui y mène. La route et tout son symbolisme prend ici toute son importance, et ceci d’autant plus que c’est la première fois dans la série que des scènes entières sont tournées exclusivement en extérieur.
La route, qui va de pair avec son guide, un guide qu’on paie avec des pièces, mais qui n’est pas vraiment de ce monde. Un guide qui au lieu de fournir un chemin de retour vers la réalité, le présent, Kaamelott, le mène vers « des coins tellement magnifiques qu’[il] n’aurait jamais soupçonné qu’ils fussent en Bretagne », vers le passé, les souvenirs, l’immatériel, le symbolique, la révélation, la Réponse.
Le « sabordage » des gens, voilà ce à quoi Méléagan dit s’intéresser. Avec lui c’est l’arrêt du dialogue, du questionnement (« je suis payé pour être guide pas pour vous faire la conversation ») ; la réponse quand Arthur lui demande s’il a soif est à ce sujet éloquente : pour lui, chercher à atteindre quelque chose qu’on ne peut avoir est totalement inutile.
L’échec de la quête se fait de plus en plus évident à mesure que l’on prend conscience de l’échec du dialogue, de tous les dialogues. Venec ne peut en placer une et le dialogue cède la place à l’échange physique, le pêcheur s’exprime par métaphores et s’excuse de « n’[avoir] parlé que de [lui] », le guide refuse de faire la conversation, Anton n’a de cesse de couper son fils. La scène avec le père adoptif, tout comme la fameuse scène du théâtre « fantôme » ensuite, a pour thème central le discours, mensonger, déformé, rapporté, et donc précisément l’importance des mots et le pouvoir de l’éloquence.
Je l’ai déjà dit, mais dans ce livre V celui qui est maitre du discours, des mots, c’est véritablement Méléagan, l’homme-voix, celui qui manipule ceux qu’il approche sans jamais avoir recours à autre chose qu’à des insinuations. Arthur, protégé par le médaillon d’Ogma, « le Dieu qui terrasse ses ennemis par l’éloquence », nous apprend-ton, devient silencieux, taciturne, comme si l’échec de la quête physique et l’âpreté de la quête spirituelle avaient eu raison de son sens de la répartie. Le « ne m’appelez plus sire, je ne suis plus roi » qui revient sans cesse est un écho de cet échec, de ce renoncement au pouvoir, plus qu’une affirmation réelle.
De fait, Ogma fait plus que terrasser ses ennemis, il les attache, les lie à lui par l’éloquence, figurée selon les Gaulois par une chaine qui va de sa bouche aux oreilles de ceux qu’il a ainsi terrassés. Sans l’élément qui fait de lui le roi, le maitre, et sans la volonté de rester à la tête d’un État qui lui a été conféré par les dieux (par le biais de l’épée) et par les Romains, Arthur de fait est déchu de ce rôle de « Dieu de l’éloquence ».
Dans tout le livre V court le thème sous-jacent, caché, à peine effleuré de la comédie, du théâtre et, au-delà de ça, des faux semblants et du mensonge. Méléagan ment à Lancelot à propos de la marionnette d’Arthur, qu’il prétend un instant avoir transformée en “poupée vaudou” ; cette image de la marionnette se retrouve, assez étonnement, dans la chambre de Karadoc et Perceval à la taverne, sans explication, juste un élément du décor, de la trame. Pourtant même au sein du clan des Semi-Croustillants cette idée de parole mensongère tient une place, à partir du moment où Perceval décrète qu’il est préférable de « se dire les choses » et de ne pas se mentir.
Le mensonge d’Arthur, c’est l’élément qui précipite l’action, qui remet en question l’ordre établi. Un mensonge qui le poursuit, qui l’isole des autres, et que la scène du théâtre lui renvoie en pleine tête. C’est une histoire pour enfants, une fable simplissime, dont la fin fait pourtant frémir. Le châtiment des dieux est au-dessus de sa tête telle une épée de Damoclès tacite. Rien n’est dit ; quand Arthur s’emporte le lendemain en demandant des réponses au Bateleur et à Méléagan, il demande seulement s’ils ont l’intention de le tuer, et pas comment ils savent pour son mensonge, pourquoi cette fable-là précisément, car il est clair à ce stade que toutes les étapes guidées par Méléagan ne sont pas anodines.
Le symbole, la partie manquante. Je l’avais envisagé lors de mes toutes premières impressions sur ce livre V en novembre 2007, et cela m’apparait un peu plus clairement à présent : la dualité qui existe entre Arthur et Lancelot, annoncée déjà dans le livre III, quand l’épée qui « revient toujours à l’élu » s’arrête pile entre les deux amis devenus ennemis à cause de leur amours, de leurs dissensions quant à la façon de mener la quête du Graal.
Dans ce livre V un certain de nombre de thèmes sont communs aux deux héros et les opposent finement. Lancelot tout de blanc vêtu songe pourtant à la mort, et est « accompagné d’un être épouvantable ». Il entouré de neige, vit dans une grotte, que Méléagan décrit comme « un palais », dans une fiction de la réussite. Arthur a abandonné le rouge des premières années et ne porte quasiment plus que du noir ; il vit dans l’échec mais se réjouit (au départ) et se complait dans l’inaction.
Le sommeil pour Lancelot, passe pour symbole de rêve, d’action. Il accorde une importance capitale à ceux-ci et règle ses actes sur les présages qu’il croit y voir. Quand il part tuer Arthur, l’absence de rêve qu’il avoue à Méléagan, est alors synonyme d’absence d’action victorieuse. En revanche pour Arthur, le sommeil est au départ une échappatoire, une occupation, avant de devenir symbole de fatigue, de maladie, de mort. La fin de sa quête, quand il commence à se rendre compte qu’il ne trouvera jamais ce qu’il est parti chercher, est une succession de pauses, de songes.
La tentative de suicide de Lancelot dans sa première apparition dans ce livre V fait écho à la scène finale et le suicide d’Arthur. Si Lancelot, partant du fond du gouffre (de la grotte), laissé pour mort dans un champ, a progressivement regagné des forces et toute sa superbe grâce à la magie, de même que, peut-être, lors de la scène finale, son amitié pour le roi et sa place à ses côtés, Arthur en revanche n’a eu de cesse de s’enfoncer dans sa quête impossible et les menaces de morts qui planent au-dessus de lui sont de plus en plus évidentes au fur et à mesure que le livre se déroule – la principale étant la présence de Méléagan à ses côtés, après que celui-ci a abandonné Lancelot à son sort. L’homme en noir, symbole de mort à lui tout seul, « la Réponse » envoyé par les dieux, comme il le confesse à la Dame du Lac, qui n’amène que d’autre réponse qu’un mensonge manipulateur et la vérité sous forme de fable. Un détail frappant à son sujet ce sont les mouches qui semblent l’accompagner et accentuent son aura funeste encore un peu plus.
Parallèlement au thème du sommeil, on a celui de l’eau, qui là encore est porteur de beaucoup de sens, jamais développé mais toujours sous-jacent. Pour Lancelot l’eau est symbole de purification, et peut faire penser au baptême chrétien ; il se lave de ses blessures, ses fautes, ses erreurs. Il redevient le chevalier blanc sans tache qu’il était avant d’écouter Méléagan. Dans le cas d’Arthur l’eau renverrait davantage à la conception moyenâgeuse de l’étendue d’eau comme passage dans l’autre monde. Je veux dire, il y a tant d’autres façons de se suicider, pourquoi celle-là particulièrement, outre le fait que ça soit cinématographiquement intéressant ?
Karadoc, le pragmatique, ne voit pas dans le bain autre chose qu’une fonction sociale ; il fait « comme son prédécesseur », qui passait son temps dans l’eau, selon lui du fait de son éducation romaine…
Comme quoi un hotspot qui ne marche plus ça débloque les pannes d'inspiration... C'était pas censé être aussi long, et c'était surtout censé être écrit pour la sortie du livre V en dvd, mais je suis pas quelqu'un de pressé.
samedi 27 décembre 2008
Whump -- tentative de définition
Ce terme apparait comme propre au monde des fanfictions – un néologisme spontané émanant d’une communauté pour pallier à un manque de vocabulaire – et plus précisément à la série Stargate SG-1, puis Stargate Atlantis – bien que j’aie pu le voir utilisé à propos d’autres séries, telles que NCIS, Numbers, Supernatural.
Le terme "officiel" en vigueur et proposé en tant que catégorie sur fanfiction.net est "hurt/comfort" (souvent abrégé en H/C), et c’est un ajout relativement récent. Il a l’avantage d’être plus explicite mais réduit de fait les applications potentielles. Le whump n’implique a priori aucun réconfort (mais c’est souvent l’usage).
Ma traduction personnelle (copyright) serait "martyrisage", qui a l’avantage de pouvoir se décliner en verbe (martyriser), tout comme l’anglais. Mais les fanfiqueurs français (autre néologisme copyright) sont plus portés sur la romance à deux ronds que sur le whump. Dommage.
Une définition potentielle ferait quelque chose comme : ouvrage de fiction dans lequel un ou plusieurs protagonistes sont blessés (physiquement, sinon pour la torture psychique on parle de "angst" (mot anglais d’origine allemande signifiant "angoisse")), faisant ainsi les frais de l’esprit diaboliquement sadique du scénariste/auteur/fanfiqueur.
Ce qui est intéressant, c’est que si l’usage du mot semble devoir se cantonner à l’univers des fanfictions, il est potentiellement applicable à un grand nombre de livres, de films et surtout d’autres séries TV.
C’est une des raisons pour lesquelles je remercie internet d’exister : pour m’avoir prouvé que je n’étais pas la seule fan déviante à me réjouir de ce que j’appelais pudiquement à l’époque où je regardais SG1 "les malheurs de Daniel Jackson". Il y a des séries que je regardais uniquement pour le plaisir de voir un des personnages se faire systématiquement massacrer avec une régularité affolante (Mallory dans Sliders, Richie dans Highlander, et tout un tas d’autres séries dont j’ai même un peu honte).
Cela dit on ne peut pas accuser la TV d’avoir perverti mon petit cerveau de gosse, j’étais déjà atteinte à 7-8 ans, quand je lisais (quasiment exclusivement), les Club des Cinq et les Six Compagnons, très fournis en whump – certes édulcoré, mais l’idée reste strictement la même. Aussi ma plongée dans l’univers des fanfictions m’a immensément rassurée. Je ne suis pas la seule, loin de là.
En théorie (et croyez-moi, j’ai une connaissance étendue du whump), on peut whumper n’importe quel personnage, mais en pratique certains personnages apparaissent plus whumpeables que d’autres.
A priori il s’agit d’un homme, jeune, pas trop moche (cela dit, les fanfics whump sur Zelenka sont intéressantes… je m’égare), souvent le héros, ou alors, encore plus fréquemment, l’ami du héros. Cela permet de rajouter du angst à l’affaire, un sentiment d’échec, des envies de vengeance, des épisodes de réconfort, etc, ce qui ne gâche rien. Sheppard angst, McKay whump. (Le postulat de la fic que je suis en train de (re) traduire, tiens…).
Martyriser l’ami, le second du héros, c’est un recours facile qui marche toujours. D’où le syndrome Daniel Jackson ; l’intello tête en l’air qui se ramasse tout quand le héros plus fortiche doit le secourir (Charlie dans Numbers, Reid dans Criminal Minds – même si dans le cas de cette série c’est bien plus complexe que ça…). C’est en quelque sort la réécriture moderne du schéma du chevalier et de la demoiselle en détresse, version SF. (Ça expliquerait du coup l’autre intriguant versant des fanfictions, le slash.)
De l’autre côté, il y a le whump qui vise le héros ; cette fois c’est forcément plus violent, puisqu’il est censé être plus fort, et plus désespéré aussi, car il doit la plupart du temps se libérer/sauver seul. (Il y a aussi les fanfictions qui renversent les rôles, et si c’est bien "in character" ça peut faire des trucs exceptionnels.) Et là on a le syndrome John Sheppard.
Je me suis rendue compte que Sheppard était un genre de personnage type, qu’on retrouve dans quasiment toutes les séries whumpeables, un archétype de personnage. Sans faire de liste exhaustive, on peut sans trop hésiter citer : Tony DiNozzo (NCIS), Don Epps (Numbers), Fox Mulder (X-Files), Bosco (Third Watch), Brendan Dean (ThoughtCrimes… un téléfilm qui aurait fait un superbe pilote pour une série), etc.
Le personnage "type Sheppard" est généralement un militaire ou un flic, il se sert davantage de ses muscles mais ce n’est pas une brute. Il a souvent un passé trouble, problèmes familiaux, cours martiale, rapports conflictuels à l’autorité, etc, ce qui en fait un personnage solitaire et perturbé, qui s’immerge tout entier dans mon boulot.
C’est à la fois rassurant de retrouver un tel personnage
dans une série ou un film et un peu limité, au bout d’un moment on finit par
tourner en rond et épuiser tous les ressorts scénaristiques. (L’autre archétype récurrent dans les séries
à forte tendance whump, c’est le principe de l’équipe, avec un boss plus âgé
(problèmes familiaux, toute sa vie c’est son travail) et les autres, plus
jeunes, qui gravitent autour de lui, qui sont réprimandés tout en cherchant à
lui plaire. (Gideon dans Criminal Minds, Gibbs dans NCIS, O’Neill dans une
moindre mesure, les experts de tous horizons…))
A l’écran le whump reste le plus souvent un fantasme du spectateur, qui reste sous-entendu, évoqué, potentiellement présent mais jamais aussi présent que dans une fic H/C (ce qui ne veut nullement dire qu’une fic whump est forcément dépourvue de toute intrigue, c’est souvent paradoxalement l’inverse qui se produit, avec des fics à chapitres extrêmement développées).
Si l’on considère par exemple Numbers, série pour laquelle les fanfiqueurs s’en donnent à cœur joie au détriment de ce pauvre Charlie, on se rend compte que les épisodes TV sont très rarement violents, et encore plus rarement cette violence est dirigée à l’encontre d’un des membres de l’équipe. Le plus souvent il s’agit d’une menace latente, qui n’est pas mise à exécution. Les fanfictions, empruntant les personnages, les situations menaçantes, vont alors se permettre d’aller bien plus loin, montrant ce qui n’est pas montré.
Le whump des séries est donc le plus souvent une tension, un whump potentiel, même si certaines séries en font leur pain quotidien (Supernatural). Les rares épisodes réellement violents semblent toujours trop courts, ils n’en montrent jamais assez, de l’avis des fans.
Ainsi ils servent souvent de point de départ pour des "tags", genre particulier qui consiste à développer (souvent dans un court one-shot, mais ce n’est pas une règle absolue) un élément existant d’un épisode trop rapidement évacué. Il s’agit soit de rajouter du whump là où il n’y en avait pas, soit d’expliciter celui qui n’était que sous-entendu. Il existe également des tags qui rallongent la partie évoquée à l’écran en lui ajoutant un dénouement, le "comfort" après le "hurt". (Episodes de SGA qui ont donné lieu à des tags notables : The Eye, Thirty Eight Minutes, Echoes…)
Cela dit en règle générale les fanfictions whump ne partent pas d’un épisode existant et développent leur propre martyrisage original. Après les communautés (principalement fanfiction.net et livejournal) prennent le relai et rivalisent d’inventivité, afin de toujours trouver une nouvelles forme de torture inédite, une nouvelle variante dans un scénario. Car le whump va de pair avec la créativité *evil grin*…
Quant au sentiment provoqué par le whump, c’est sans nul
doute du plaisir – dès lors faut-il le qualifier de malsain ? Pas la peine
d’aller très loin pour voir que le whump a des racines communes avec le
sadisme. Un certain plaisir de la douleur – aimer voir souffrir les autres.
Toutefois le whump est principalement "tension vers" – c’est le moment
pendant la pub entre deux épisodes, juste après les quelques images bien
terrifiantes qui annoncent le pire pour les personnages dans le prochain
épisode. C’est toute l’originalité, la créativité qui entoure le whump. La
variation des fanfictions autour d’un thème "classique". Du whump trop "graphique",
que ce soit à la TV ou dans une fanfiction, aurait du mal à passer ; ce
qui est plus intéressant c’est la
possibilité de réconfort qui suit.
(C’est en somme le principe
des contes de fées. L’héroïne mène une vie de souffrances, à la fois
matérielles et psychologiques, mais parvient au prix d’épreuves, de
retournements de situation et de courage à se libérer et à la fin tout finit
bien.)
Parfois c’est trop, mais ce n’est pas en rapport avec la longueur, la violence ou encore la gravité des blessures ; c’est une espèce de barrière floue entre ce qu’il est moralement possible d’apprécier – bien que ce plaisir reste sadique – et ce qui devient de la cruauté pure sans possibilité de salut.
C’est la différence qui peut exister, au cinéma, entre la violence présence dans un film d’aventures, style Indiana Jones, Star Wars (la main coupée, mandieu, encore traumatisée…) et un policier ou un thriller réaliste présentant la violence comme partie intégrante de notre monde. Ce n’est plus John Sheppard qui se fait botter le cul par des aliens dans une autre galaxie, mais des types cernés par le mal en bas de la rue (cf. Straightheads, pour moi ce film est au-delà de cette limite).
On pourrait avancer l’hypothèse que la recherche du whump est une tentative de création d’un exutoire pour échapper à cette violence réelle, bien plus terrifiante. On peut voir dans les fanfictions un moyen d’atteindre un sentiment de supériorité, de maîtrise sur des personnages d’un univers contrôlé et malléable à souhait. Quel que soit le degré de whump qu’ils subissent, il y a toujours une porte ouverte, un retour à la normale, la seconde partie du H/C. Il arrive à ces personnages les pires choses qui pourraient nous arriver – ça va basiquement de l’accident domestique à l’enlèvement suivi de torture – mais ils s’en sortent, ils surmontent ces épreuves.
Remarques :
Il a fallu attendre la saison 5 de Kaamelott
pour avoir du vrai whump en bonne et due forme (l’attaque à l’auberge, Venec, Lancelot, la fin…) ; les
premières saisons n’en contiennent que très rarement et de manière éludée (l’épisode de la fausse monnaie…).
Faut-il en conclure que ça va de pair avec la noirceur, le désespoir
grandissant ? Pas si sûr, je pense surtout que c’est davantage une
question de réalisation technique, puisque c’est aussi dans cette saison 5 qu’on
a davantage de magie à l’écran…
N’y a-t-il du whump que dans les réalisations artistiques liées à la "culture populaire" ? Certes non, puisque pour me tenir réveillée au cours de la lecture de certains pavés de la littérature française, je me souviens avoir corné chaque page du Rouge et le Noir où il y avait du whump potentiel. Cela dit je n’ai jamais écrit de fanfiction à ce propos… faut pas pousser non plus.
mardi 11 novembre 2008
. . . . . . . . ........ J-2
J-3
....... (à venir)
J-4
"Y a plusieurs personnes qui sont passées par votre siège... Eh ben le tout premier, je crois qu'il s'appelait Carbure, ça fait vachement longtemps qu'on l'a pas vu. Je serais vous je lancerais des recherches."
~ Hervé de Rinel (Tony Saba)
J-5
"Faut pas respirer de la compote, ça fait tousser."
~ Kadoc (Brice Fournier)
J-6
"Il a fait tout le tour de la Bretagne, il aurait pu au moins nous ramener des spécialités régionales !"
~ Karadoc (Jean Christophe Hembert)
J-7
"Je suis... désolé de ne jamais être passé vous voir..."
~ Arthur (Alexandre Astier)
J-8
"Est-ce que je peux me montrer courtois avec les gens même si je les ai pas reconnus ou est-ce que je suis obligé de me montrer désagréable pour faire bourge ?"
~ le Duc d'Aquitaine (Alain Chabat)
J-9
"C'est un excellent pêcheur en eau douce, et il a des béquilles parce qu'il s'est fait bouffer les tendons d'Achille par un ban de truites."
~ Merlin (Jacques Chambon)
J-10
"Et si je sens qu'il y a des anguilles à la broche, dehors ! Comme César quand il a chassé les marchands du temple et qu'ils ont foutu le camp sur le bateau avec les bestioles et le pépé."
~ Perceval (Franck Pitiot)
J-11
"La seule solution pour que se soit encore plus
sale, ça serait de demander aux clients de chier directement par
terre ! J'vois qu'ça."
~ le tavernier (Alain Chapuis)
J-12
"N'empêche que je préfère quand même quand c'est vous le roi..."
~ Venec (Loïc Varraut)
J-13
"La vie n'a pas été la partie la plus palpitante de mon... existence."
~ Méléagant (Carlo Brandt)
J-14
"Vous savez, les saltimbanques sont un peu les amis de tout le monde..."
~ le bâteleur du théâtre fantôme (Jacques Gallo)
J-15
"C'est les deux mêmes sales bestioles, inflexibles, indomptables, et vivaces..."
~ le roi Loth (François Rollin)
lundi 14 janvier 2008
Une fanfiction Kaamelott
Il parait que j'écris bien...
(non, mauvaise entrée en matière...)
.... il parait que je suis trop modeste en ce qui concerne ce que j'écris...
(pareil, ça va toujours pas... fuuu)
Bref.
J'ai... "fanfiqué" un tag pour la fin du livre V de Kaamelott...
Un genre de truc super noir, super zarb, très introspectif, surtout basé sur Lancelot. Le genre de chose totalement infaisable à la TV, mais parfait en fic.
Si ça vous dit (mais gare aux spoilers TT) >> Jamais seul
C'est très court, et j'espère, "lisible", comme dit notre bon roi Astier.
Dans un registre plus léger, il y aussi la première, basé sur un épisode du Roman du Graal de Chrétien de Troyes... Perceval powar! >> Le Roi Pêcheur et la Question
samedi 12 janvier 2008
Interview radio d'Astier
Interview Astier - France Inter - 17h - 09/01/08
"Nonobstant", Yves Calvi
Courte présentation d'Alexandre Astier de la part du journaliste ; "le papa de Kaamelott", Astier semble apprécier la formule, "c'est joli, c'est très bien".
Yves Calvi : Comment Arthur, et les chevaliers de la table Ronde sont-ils rentrés dans votre vie ?
Alexandre Astier : Ça m'est tombé dessus "comme la misère sur le pauvre monde." Au départ c'était un moyen de mettre en place une situation d'autorité pour un court métrage cinéma ; un personnage qui doit tout expliquer à son équipe. J'aurais pu le faire chez EDF (sic), mais je pense que j'avais besoin du miroir du film d'époque. Quelque chose de moins urbain, contemporain, de moins réel. C'est dans un esprit "de funèsien", un personnage qui doit enseigner à une équipe un truc parfaitement abstrait alors qu'ils ne peuvent recevoir que du concret. Le "cliché" arthurien s'est imposé naturellement.
YC : Vous faites référence à De Funès, est-ce que vous vous voyez comme "l'homme orchestre" ? (petit aparté entre les deux pour tomber d'accord : ce n'est pas un de ses meilleurs films)
AA : Je n'aime pas scinder les disciplines pour fabriquer Kaamelott. C'est un tout, une globalité de fabriquer Kaamelott.
(...)
YC : Vu le succès de la série et le temps qu'elle prend dans votre vie, est-ce que vous n'avez pas envie d'autre chose, est-ce que vous pensez à la suite, "ce qui ne sera pas Kaamelott" ?
AA : "La suite, je la pense avant la fin." J'ai besoin de raconter des histoires, les autres histoires -- parce que "finalement il ne s'agit que de ça, raconter des histoires". Je vais tenter de les raconter avant la fin de Kaamelott. J'essaie de partager mon temps entre Kaamelott et le reste. "La fin de Kaamelott m'amène loin quand même."
YC : "Au moins 2010 ?"
AA : "Voilà. Il serait de bon ton que je puisse faire autre chose avant."
[extrait de Kaamelott, livre IV, "Tous les matins du monde", si je ne m'abuse]
YC : "Vous avez plaisir à entendre ça ?"
AA : (en riant) "Ben oui, ça passe bien en radio, en fait, on a pas besoin de l'image, qu'est-ce que je m'embête, je vais faire du son et puis ça suffit."
YC : Ce qui est touchant dans Kaamelott c'est qu'Arthur est un personnage sérieux. Il est sincère.
AA : Il n'y pas de héros sans un fond sérieux, impliqué avec ce qui se passe.
YC : Il faut un personnage sérieux pour que l'univers devienne burlesque autour de lui. Comme un axe, un pivot.
AA : Il faut que quelqu'un représente le public ; quelqu'un qui constate comme le public que le reste ne marche pas. Arthur c'est "l'œil intelligent de la bande."
YC : "Il y a quelque chose d'amusant dans la saison V"… (il est vite interrompu par un Astier goguenard)
AA : Vous avez trouvé quelque chose d'amusant dans la saison V ? Non mais c'est magnifique…
(…)
YC : Avec cette saison V, le cercle s'élargit, il y a de plus en plus de comédiens qui ont le goût de venir dire vos textes, d'être dirigés par vous ; comment se passe cet élargissement du cercle?
AA : Ça ne change pas tellement de choses. Il s'agit de parvenir à nourrir correctement "l'animal comédien" ; c'est une nourriture avant tout musicale, le résultat est sonore et rythmique avant tout. Il faut être capable de donner à n'importe qui de quoi ne pas s'ennuyer.
YC : Ils disent tous, il n'y a pas à contester, à interpréter les textes, parce que c'est "tellement écrit."
AA : Je n'ai pas vraiment d'appât pour faire venir Clavier ou Chabat. C'est pas l'argent, "de toute façon, j'en ai pas". C'est certainement pas la promesse de renommée, parce qu'ils l'ont déjà. Je leur dois qu'ils s'amusent ; en faisant en sorte que chaque comédien ait un texte fait pour lui, "qu'il a plaisir à balancer."
YC : Même avec des noms prestigieux, vous restez très fidèle à l'esprit de Kaamelott première mouture.
AA : "Ben bien sûr." (en gros : c'est pas la question conne mais presque…)
(…)
YC : Vous avez dit que dans l'écriture le plan musical et rythmique était plus important que le sens même… Est-ce que c'est parce que vous avez vu vos parents se galérer avec des textes durs que vous êtes attentif à cela ?
AA : Ma mère enseigne le théâtre avec Labiche. Il a des pans entiers de textes qui sont difficiles à comprendre, à cause du vocabulaire, de références qui n'existent plus, mais ça fait rire parce que c'est rythmique. Audiard disait "ce qui compte c'est que ça sonne." C'est terrible en apparence pour un auteur de dire ça, il a quand même une histoire à raconter, des faits à prouver, des actes et des étapes à mettre en place. (…) Ce qui compte c'est que ça sonne ; si ça sonne bien, l'histoire est reçue à 100%, si c'est quelque chose de vrai qui sonne mal, c'est reçu à 10.
(…)
(Ils parlent de la sortie du tome 2 de la BD, un moyen de faire vivre Kaamelott autrement)
YC : Quel est votre rapport au merchandising ? En quelque sorte Kaamelott est devenu une industrie mais tout passe par vous.
AA : Je suis un enfant de Star Wars, donc je n'ai pas de jugement sur les produits dérivés. Au contraire, ils enrichissent l'univers ; "à condition d'être parfaitement raccord avec l'histoire", la saga principale. (…) La bande dessinée est un bon marchandising, c'est un moyen d'enrichir l'univers, de montrer des choses que je n'aurais pas eu les moyens de montrer dans la série.
(…)
YC : Vous avez, à la base, une formation de musicien…
AA : "Ma mère m'a collé au conservatoire à 6 ans, j'en suis sorti à 20." (cette phrase me rappelle furieusement une certaine évocation d'une éducation en camp romain…) J'étais programmé pour être musicien.
YC : Et d'où est venue cette idée de raconter des histoires, d'être comédien ? Est-ce que c'est parce que vos parents étaient comédiens, et que l'oreille se forme à ça ?
AA : Je sais pas. En tout cas c'est plus un combat, plus tard, j'ai pas eu besoin de rompre avec une famille de non comédiens. Je n'ai pas eu à me battre pour expliquer que c'est un vrai métier. J'ai eu "l"impression de reprendre la boulangerie familiale."
(…)
YC : Et vous jouiez de quel instrument ?
AA : Je faisais de la contrebasse classique. Et de l'écriture.
YC : "En dehors du gaffophone, c'est avec le tuba le personnage le plus étonnant de l'orchestre…"
AA : "Oui, et puis le moins transportable." J'étais plutôt un petit garçon, c'était pas tellement fait pour moi.
YC : Vous étiez à l'American School of Modern Music, qu'est ce que c'est ?
AA : C'est une école à Paris, qui dépend du Berkley College ; c'est un enseignement basé sur le jazz et les musiques modernes. C'est un complément aux enseignements d'écriture classique française.
YC : Et comment bascule-t-on dans les séminaires d'écriture (au Québec et aux EU) après avoir eu un prix de conservatoire ?
AA : J'écrivais déjà avant. "Et puis, comme dit Obiwan Kenobi, j'ai fait un pas dans un univers plus vaste." Je ne suis pas allergique à la technique, à la mécanique. J'aime beaucoup ça ; j'écoute Bach, j'étudie son écriture, je ne suis pas gêné par la technicité de l'expression. (Il y a là un léger flottement, écriture musicale et scénique s'entremêlent dans le discours d'Astier.)
YC : Qu'est-ce que vous avez appris dans ces ateliers ?
AA : C'est tout simple, c'est une prolongation des techniques d'Aristote. "Pourquoi trois actes? Qu'est-ce qu'un héros ?" Par exemple Joseph Campbell dans Contes et légendes du monde entier explique "ce qu'une histoire doit contenir pour répondre aux attentes de celui qui l'écoute." Cela permet de vérifier son texte, qu'il est fluide. On apprend à organiser ce qu'on raconte.
YC : Vous avez appris à raconter des histoires…
AA : (modeste et embarrassé) J'ai essayé. C'est un mélange de technique et d'instinct. Je ne reste jamais dépendant de l'inspiration. Au cours d'une séance d'écriture je fais toujours avancer mon histoire un petit peu, de manière mécanique. (Là, il établit encore un parallèle direct entre écriture musicale et scénaristique) En France, il y a des compositeurs qui maîtrisent l'art de la fugue, mais qui sont "infoutus d'écrire un morceau intéressant". La technique ne fait pas tout ; ceux qui ont quelque chose à dire et que le mettent dans une technique deviennent "lisibles".
YC : "Vous travaillez tout seul." Or beaucoup du cinéma que vous aimez a été fait par des équipes de scénaristes. En France, au contraire, on est sensible à la notion d'auteur. Dans les interviews vous affirmez vouloir absolument continuer à écrire seul, pourquoi ?
AA : Je pense qu'on est pas capables, en France, d'organiser des staffs d'écriture "comme ils sont capables de le faire eux." Nous on délite notre savoir. Les Américains ont un chef d'écriture qui est convaincu par le projet, qui sait où il va. (Il prend l'exemple d'Aaron Sorkin pour le film West Wing.) Le staff sait qu'il faut sortir d'une bible (d'écriture), ils savent emmener leurs personnages très bas, très haut, "créer des accidents". En France il n'y a jamais d'équipe qui écrit des choses pas sages, inattendues ; leur écriture est "moins accidentée".
YC : "Vous avez cité deux fois Star Wars, Obiwan Kenobi…"
AA : (en riant) "Vous avez de la chance, normalement c'est dix, en vingt minutes c'est dix fois…"
>YC : C'est un univers qui vous accompagne ? George Lucas comme référence dans le mode de fonctionnement ?
AA : Je suis toujours sensible à ça. Pourtant il y a des choses que j'aime pas dans Star Wars, les dialogues par exemple, qui sont "pas super". La force de G. Lucas c'est d'avoir "organisé sa naïveté"." Kaamelott, c'est les efforts du roi Arthur pour rester naïf et pas être assiégé par le cynisme." Star Wars, c'est la plus grande leçon d'anti-cynisme au cinéma.
YC : Vous avez plaisir à écrire la musique de Kaamelott ?
AA : "Je vois ce qu'il faut écrire comme musique en même temps que j'écris le reste", c'est un tout. Je pense que le film est le meilleur support pour écrire de la musique classique.
YC : A propos du succès des jingles… (Il décrit ce phénomène bien connu, le rappel à l'ordre des trompettes de Kaamelott qui oblige à se mettre devant la TV.)
AA : C'est fait exprès. "J'avoue, j'y ai pensé." [Le cor], c'est un instrument qui est censé appeler, l'armée ou le spectateur.
YC : Est-ce que vous avez de la tendresse pour Arthur ?
>AA : Le problème c'est que je viens d'écrire la saison V. Arthur atteint "les tréfonds de son découragement". C'était pas très agréable à écrire. "Je savais que j'avais à écrire ça." J'ai une certaine facilité à écrire ce genre de chose, aussi je m'en méfie. (…) Si j'ai de la tendresse, c'est pour Perceval. Contrairement à Arthur il ne perd jamais courage, il conserve sa naïveté intacte "du début à la fin". Il n'est pas malade des mêmes chose qu'Arthur. Arthur n'arrive pas à conserver le courage, l'espoir ; il sombre, il baisse les bras.
YC : Parce qu'il est conscient de ce qui se passe autour de lui.
AA : C'est le grand malheur de notre civilisation, la conscience.
YC : Cet aspect noir, que vous revendiquez, est-ce que ça rend votre travail d'écriture "moins rigolo" ?
AA : Moins agréable en tout cas. Mais j'aimais cette idée de "coup de poing dans ma propre série". "Emmener mon héros très bas, quitte à avoir du mal à le relever." Une scène entre Caradoc et Perceval, avec leur logique personnelle et absurde, est plus facile à écrire.
YC : Est-ce que vous êtes devenus une troupe ?
AA : Je suis allergique au terme. Je n'aime pas la création collective. Je n'ai pas de fidélité qui me pousse à garder les mêmes personnes ; j'ai le réflexe de changer. J'ai du mal à l'attachement. J'ai besoin que le projet d'après soit une révolution pour moi.(…)
YC : Vous racontez des histoires à vos enfants ? (4 enfants, de 8 ans à 16 mois)
AA : Quand je leur lis leurs histoires du soir, je me rends compte qu'il y a peu de gens qui savent écrire des histoires. Les histoires pour enfants, c'est ce qu'il y a de plus important dans le monde des histoires, elles ne sont pas écrites n'importe comment. Elles sont là pour donner des expériences par procuration. Il ne faut surtout pas enlever les méchants des histoires. "Il faut pas faire croire que le loup de Pierre et le Loup est gentil ou que celui de la Chèvre de Monsieur Seguin ne mange pas le loup. Il faut que le loup mange la chèvre", que le loup du Petit Chaperon Rouge mange la grand-mère. Il faut surtout pas édulcorer ça. (Il cite Bettelheim, puis Campbell) Faire une histoire pour enfants c'est une "drôle de responsabilité". Les enfants ont le besoin physiologique d'entendre de fausses histoires, des expériences qu'on a pas de temps de vivre soi-même. Ça reflète des peurs qu'on a tous ; la peur du loup par exemple. Pourtant on en a jamais rencontré, sinon on saurait que le loup se barre devant l'homme. Mais on a besoin d'avoir peur du loup, c'est ce qui reste d'une époque où il était dangereux de se balader en forêt. On se passe un enseignement à travers les histoires ; c'est donc une responsabilité, de raconter une histoire et de bien la raconter.
YC : Est-ce que vous savez comment va se finir la saga de Kaamelott ?
AA : Oui. D'ailleurs il y a des éléments de la fin semés dans la saison II (quoiiii ?) Y a tout au long de ce qui est diffusé des petites préparations de choses payées beaucoup plus tard.
YC : Je vous demande pas comment ça se termine… Vous pourriez me dire mal ou bien…
AA : Ha non, bien ! "D'après Campbell, il faut que ça se finisse bien. On va pas raconter l'histoire d'un héros qui ne se relève pas, quel enseignement… triste pour la jeune génération."
YC : Il va y avoir combien de saisons ?
AA : Sept, à la TV. Et trois films.
YC : Impatient ? Vous êtes déjà passé au 52minutes…
AA : C'est la liberté de la TV, "un sacré terrain de jeu.""J'ai raconté mon Arthur en quarante cinq heures de temps." On peut pas faire ça avec un long métrage. (Il calcule : 6 heures par saison, 7x6, 42)
YC : Vous faites beaucoup d'"architectures mentales" avec des chiffres…
AA : C'est un vrai besoin. "Je compose comme ça, j'écris comme ça." J'écris avec des bases de données. (sic) "Je suis systématique."
YC : Quant vous lisez, vous lisez quoi chez vous ?
AA : "Des bouquins techniques (…) n'importe quoi qui puisse m'apprendre quelque chose." Des dicos de langue, des méthodes, des choses qui expliquent des mécaniques, qui décodent des trucs.(…)
"Je suis du genre à lire le même bouquin cinquante fois plutôt que cinquante bouquins (…) Je trouve toujours cinquante lectures aux choses." Je ne m'inspire pas de fiction pour en faire une autre.
(…)
YC : (Il parle d'Astérix et du court métrage Anaconda, dans lesquels il joue.) Quel genre de rôle acceptez-vous ?
AA : J'accepte peu de rôles ; je cherche des contre-emplois, quand c'est bien écrit. Un rôle qui peut m'apporter quelque chose de plus qu'Arthur, qui est un personnage assez riche à jouer, parce qu'il passe par tous les stades.
lundi 7 janvier 2008
Kaamelott - le point, en attendant le livre VI - janvier
Pour commencer, la rumeur voudrait que le livre VI arrive sur M6 en septembre 2008, et quelques sites font mention à ce sujet d'une interview radio assez confuse (NRJ... faut les comprendre aussi, c'est pas des journalistes, c'est que des gignolos, on peut rien leur reprocher...). Quant aux éventuelles participations de "guests" (je pense à Poelvoorde et Dujardin), les infos les plus claires viennent de cette interview
Ensuite, j'ai réalisé hier soir (oui, ça me prend comme ça, des fois) ce qu'impliquait vraiment un livre VI entièrement constitué de "versions longues" : 8 épisodes de 52 minutes, diffusés le soir, et a priori plus du tout coupés par la suite en épisodes courts. Ce serait une grande première! Une joie pour ceux qui ont les infos, à 20h40, à la place des Kaamelott ; un petit pincement nostalgique pour les amoureux des titres mystérieux et programmatiques (souvent). Ça va être radical.
Autant, au départ, j'étais pas super convaincue -- la première "version longue" du début du livre V (avril 2007) ressemblait plus à un puzzle (avec des impossibilités chronologiques flagrantes, des ruptures de rythme et des zones floues) qu'à un vrai film, autant la deuxième fournée de 52 minutes (novembre 2007) était nettement plus réjouissante (et je ne regrette vraiment pas d'être revenue sur ma parole et de l'avoir regardée, bravant courageusement les spoilers), plus rythmée, plus liée -- et d'ailleurs on le voit bien, avec les épisodes quotidiens, la plupart reprenaient des scènes dans leur continuité, avec le même ordre chronologique. La fin étant la même exactement, mais avec un éclairage différent sur le cheminement qui y mène.
Dans la série des choses qui ne servent à rien, mais alors vraiment à rien... j'ai entamé depuis le 6 novembre (précis, et tout) un marathon "phrases du jour kaamelottiennes", sur mon msn. En clair, chaque jour une phrase tirée d'un épisode de Kaamelott me tient lieu de "message perso", et je mets un point d'honneur à les trouver de mémoire (quitte à aller vérifier juste avant de la mettre), et à ne jamais mettre deux fois la même. Je compte bien tenir jusqu'en septembre 2008 comme ça... (*folle*)
Suite des infos inutiles : pour Noyel, je me suis fait offrir les dvd des trois premiers livres de la série (eeeh non, je les avais pas encore...). Ya pas à dire, c'est vraiment le bel objet... Classieux, et tout.
Enfin, qui dit post de janvier, dit parlons du nouveau Astérix (aux jeux olympiques)... Astier y joue un soldat complètement... con, il faut bien l'avouer. Ça fait bizarre, c'est clair, mais c'est plaisant. Bon, je dis pas que je vais aller le zyeuter au ciné, mais tout de même.
Une petite remarque, pour finir, à propos du second projet d'Astier au niveau séries : l'histoire d'un type qui devient sans le vouloir le parrain de la mafia lyonnaise. Dis comme ça, ça a l'air très con -- ça le sera sûrement encore plus que ce que l'on peut imaginer, pas d'inquiétude de ce côté là. Les seules infos actuelles : Astier aurait fait des recherches (sérieuses) sur la pègre lyonnaise ; il a également parlé de réutiliser la plupart des acteurs de Kaamelott, mais dans des rôles à contre emploi. Je me disais que c'était somme toute le miroir inversé de Kaamelott ; un gars qui sait ce qu'il veut, entouré de bons à rien ; un type qui ne sait pas dans quoi il a foutu les pieds, guidé par des gens qui en savent beaucoup plus que lui sur le fonctionnement du système.
Hier, je regardais les Tontons Flingueurs, en pensant à Astier, et je pouvais pas m'empêcher de penser que les deux histoires étaient en fin de compte assez proches -- Fernand, le gars de province, obligé de reprendre les affaires (louches, forcément) de son pote le Mexicain, puisque ce sont ses dernières volontés... Je me suis imaginé Percy, en tueur à gages froid et efficace, Léodagan en flic maniaque, Guenièvre en matrone de maison close, Lancelot en débile, etc...
jeudi 27 décembre 2007
Kaamelott, V, 50, La Rivière Souterraine
Pour moi cette fin est à la fois choquante et très logique. Choquante parce qu'on peut dire qu'on ne l'avait pas vraiment vu venir, le suicide dans la baignoire, tout comme le retour inopiné mais salvateur de Lancelot. Choquante au vu surtout des réactions qu'elle a suscité, et de mon quasi blocage quant à l'écriture du présent article (à cause de ça, et aussi parce que j'ai annoncé que j'allais l'écrire, ça m'a tout perturbé. Note : ne plus jamais faire ça). Terriblement choquante et pourtant définitivement logique.
L'analyse du dernier épisode, V, 50, La Rivière Souterraine, ne peut de toute évidence se faire isolément, dans l'optique d'un visionnage "neutre", par un spectateur qui ne connaîtrait pas la fin en question. En effet, la clôture du livre V est connue, à travers la version longue diffusée un mois plus tôt, par les interviews d'Astier, qui a vendu la mèche dans la presse, grâce, enfin, aux allusions disséminées, à mon sens, dans la deuxième moitié du livre V, voire plus largement dans tous les livres précédents (Legenda, III, 32, en particulier).
Aussi tout le début de cet épisode final est frustrant : il parait bien fade, bien "badin", en comparaison avec le drame, la tension dramatique finale, que l'on attend, que l'on sait être imminente. C'est donc une fin à mi-chemin entre tension vers la fin connue, à expliquer, à confirmer surtout, et apaisement après les épisodes pleins de révélations qui précèdent ; la tirade dans le Retour du Roi, V, 49, à ce propos est éloquente, car elle dévoile toute la détresse d'Arthur, face à une poignée de chevaliers incapables de le comprendre, de saisir l'essence de son projet et de l'épauler.
De fait le retour de Lancelot auprès du roi, à la toute fin, passant du statut d'opposant à celui d'allié, d'ami, est logique et rassurante ; Lancelot était, dans les premiers livres, présenté comme le bras droit d'Arthur, bien que celui-ci ne l'avoue pas ouvertement, le seul chevalier de sa trempe, capable de le soutenir dans son entreprise. (L'Ivresse II, III, 30, Arthur: "C'est deux fois plus dur depuis que vous m'avez laissé tomber." Lancelot: "Mais je vous ai pas laissé tomber...").
Comme je l'ai déjà dit, la fin du livre V voit la lente déchéance de l'éloquence d'Arthur. Son "arme", le maniement de la belle parole, de l'ironie cinglante, cède la place à une parole entièrement utilitaire, réduite à son strict minimum. On entend encore des restes de cette verve passée quand il dit par exemple à une Guenièvre toute apitoyée et prévenante : "Vous vous êtes toujours occupée de moi comme ça ou c'est nouveau?". Mais l'ironie tombe à plat. Dans le même ordre d'idée, c'est Guenièvre cette fois qui accapare la parole, qui organise, renversement plus qu'étonnant des rôles.
Toutefois, d'un point de vue purement logique, scénaristique, on a du mal à percevoir l'intérêt, ou du moins la nécessité de cette scène -- assez longue -- avant qu'Arthur entre dans la salle de bain. Elle prend un certain sens uniquement si on la met en regard avec la fin -- supposée connue. C'est en quelque sorte le point ultime, physiquement parlant, où il est encore possible de faire marche arrière. Comme si le franchissement du seuil de la salle de bain -- la fermeture de la porte -- était synonyme de l'irrévocabilité de la décision d'Arthur.
A ce propos, il est intéressant de noter qu'il referme la porte juste après que Bohort a parlé d'aller tenter à nouveau de retirer l'épée du rocher. On ne peut s'empêcher, nous spectateurs, de faire le rapprochement avec l'avertissement de la fable et du théâtre (V, 47), comme le rappel d'un non-dit à propos de ce faux échec qui court depuis un moment.
C'est également un épisode final plein d'humour amer et triste, de l'ironie tragique en somme. Un air de désespoir dans le sourire narquois d'Arthur, quand il répond à Bohort qui lui demande de retenter son essai au rocher ("Non mais c'est une blague?"). Ironie quand Lancelot crie, en tentant de défoncer la porte, "Vous pensez qu'une porte peut m'arrêter? C'est tout ce que vous pouvez dresser entre vous et la mort?". Il a raison pourtant, mais pas dans le sens où il l'entend. Il n'est pour rien dans la mort d'Arthur, c'est la porte au contraire qui tient éloignés ses pouvoirs de guérisseur des plaies du roi.
Ironie également, au cours de l'arrivée fracassante de Lancelot, qui parle de sa propre mort alors qu'il vient tuer Arthur (Guenièvre :"Je croyais que vous étiez mort!" Lancelot :"Pas encore. Pas tout à fait."), qui blesse Guenièvre alors que c'était par amour pour elle qu'il voulait se débarrasser du roi, au départ ; un roi qui ne l'est même plus, qui ne représente plus aucune autorité et donc que Lancelot n'a plus le moindre intérêt à assassiner.
Quant à la fin, au quart de seconde final, il n'avait pas besoin, comme certains pensent, d'être rallongé. La fin suggère, oblige à imaginer plus qu'elle ne montre. Elle pousse à tirer des conclusions, pour tenir jusqu'en septembre, jusqu'au livre VI, sans jamais les imposer. Le pourquoi de la décision de Lancelot, le sens du rêve en noir et blanc, le comment tout va pouvoir s'arranger... Le spectateur est livré à lui-même, et il râle, parce qu'il n'est pas habitué.
Astier, que l'on dit prêter peu attention à l'avis des spectateurs, les tient en réalité en grande estime. Il s'est autorisé cette fin, en partant de cette supposition qu'un spectateur n'a pas besoin que tout soit pré-mâché, conforme à ses attentes.
Une fin qui ouvre plus qu'autre chose, en fin de compte, d'où le sentiment d'une clôture un peu abrupte. Ouverture grâce à l'espoir de l'image finale sans doute, grâce au sourire radieux d'Arthur dans son rêve aussi. Ce rêve perturbe, il est à la fois très/trop symbolique et appuyé -- la main qui ne guide aucun enfant, ouverte sans rien accueillir ; la main blessée, sanglante, rejetée ; la main qui guide et qui mène enfin au bonheur. Trop appuyé dans les effets même, le ralenti, le noir et blanc, pour bien séparer rêve et réalité, la musique, énervante, obsédante.
Et puis cette drôle de vision, d'un Arthur heureux, métamorphosé (je ne peux pas m'empêcher de penser, et ça n'a aucun rapport, à Jules Edouard Moustic, quand je vois ce sourire), tenant par la main un gamin qui le représente, lui enfant -- d'où le médaillon. L'idée que c'est dans le passé qu'on peut trouver le réconfort absent du présent? Peut être une piste de plus pour ouvrir insensiblement vers ce mystérieux livre VI, censé se dérouler dans le passé, à Rome.
Note : désolée pour l'attente, désolée pour l'aspect un peu fragmenté de l'ensemble. C'est en somme la compilation de tout ce que j'ai écrit, depuis deux semaines.
Une fanfiction, si vous avez du temps à perdre avec des trucs moyennement gais... Jamais seul
mardi 18 décembre 2007
la fin, la fin (etc)
Arrivée la fin... (la fin, la fin, la fin de Kaamelott, bien sûr)... on se sent désemparé, le matin, avec ses tartines et paaas d'épisode inédit à regarder en douce avant de partir au lycée (quand je dis lycée, je dis prépa, et du lycée à la prépa il y a un monde, mais pas physiquement parlant).
Je suis vraiment pas très chanceuse : alors que les vacances approchent à grands pas (pas assez grands, si vous voulez mon avis), tout ce que je regardais jusqu'alors en me disant que j'aurais mieux fait de bosser se fait la malle au moment même où j'aurais pu tout regarder sans culpabiliser.
Plus de Kaamelottavant au moins avril 2008.
La fin des inédits d'Esprits Criminels.
Le "fall break" pour les Stargate Atlantis... Plus rien jusqu'à janvier!
Aussi je suis en pleine "récupération " des inédits de la saison 3 de Dr House, histoire de rattraper mon retard -- 15 ep en 15 jours de vak? faisable!
(à suivre un looooong dvpt sur la fin de Kaamelott, livre V, basé sur le plan d'un commentaire d'un texte latin -- sisi, c'est possible!)
édit
Miung said:
"Euuuh c'est quand tu veux que tu postes ton commentaire sur la fin du livre V XD
Non non je ne suis pas du tout impatiente de lire tes propos et non non je ne vais pas régulièrement voir si tu as mis à jour ton blog :p
Je réagis comme ça parce qu'il me tarde lire ton prochain post. J'ai beaucoup aimé les précédents, même si je n'ai pas osé laissé de commentaires...
Vivement que j'ai de la lecture alors!"
Ya des jours où rien ne va.. et en fin de compte on tombe sur des trucs comme ça, et quelque part ça remonte le moral.
J'ai le rhume du siècle... (imaginez quelqu'un avec le caractère de merde de Gregory House, en plein speed de médocs, et malade, vous aurez un aperçu de mon état actuel), Joe Mallozzi s'est vu interdire de blogil a été taxé de "spammeur", allez comprendre), Terry Pratchett a déclaré qu'on lui a diagnostiqué un alzheimer ; Kaamelott c'est fini pour un bon moment, et je suis en plein manque ; la technologie me lâche, les mails que j'envoie me reviennent avec des messages d'erreur...
Bref c'est pas la joie, l'envie d'écrire s'est un peu barrée... J'ai l'impression d'être en vacances, mais je dois encore rester concentrée pour la dernière semaine (pour être plus exacte, pour le moment je lutte pour taper des mots qui aient un sens et rester éveillée).
Je suis en plein deuil de fan (voui, c'est possible, de pleurer un personnage de série). Je viens de me rendre compte que ça fait presque un an que Carson Beckett n'est plus (6 janvier 2007).
Joseph Mallozzi a écrit un truc énigmatique sur son blog de substitution... comme quoi il y aurait un indice sur le pourquoi du comment du retour de Carson dans The Kindred (18 et 19, saison 4, à venir) dans les dernières minutes d'un des trois épisodes de la saison 3. Vous n'avez strictement rien compris à cette phrase, c'est normal, moi non plus ; si vous n'êtes pas fan de Stargate Atlantis, laissez tomber... Carson va revenir, on ne sait pas encore comment ; moi tout ça, la mention des trois derniers épisodes (Submersion, Vengeance, First Strike), ça m'a automatiquement fait penser à une fic très étrange, qui mettait justement en scène le retour de Carson dans le monde des vivants, une sorte de AU à partir de Vengeance.
Pour répondre à Miung : ça vient, ça vient.
Merci de me lire.
samedi 8 décembre 2007
Kaamelott, V, 48, le Théâtre Fantôme
Je suis perturbée -- pour ne pas dire un peu déçue -- par l'épisode 48, le Théâtre Fantôme (d'ailleurs si quelqu'un connait le pourquoi de ce titre je suis preneuse...*). Troublée en tout cas, par l'intervention "magique" de Méléagan, qui influence la pythie, lui soufflant son texte, prenant la place des dieux, afin de pousser Arthur à se "saborder"...
Jusqu'à présent, Méléagan, c'était le personnage maléfique par excellence, tout entier porteur de menace, mais jamais ouvertement magicien, jamais non humain.
Certes, il se dit la Réponse, envoyée par les dieux ("eh oui, ma p'tite fée, la réponse à votre pathétique désastre", V, 21), encore que cela puisse être compris dans un sens plus terre à terre ; c'est nous spectateurs, qui interprétons ce mot de "réponse" comme un écho à cet épisode prophétique, la Réponse, IV, 49.
Certes, il semble lire dans les coeurs, il pose les questions problématiques, oriente les décisions, de Lancelot, puis d'Arthur. (Dans l'épisode V, 45, Anton, il ne parle quasiment pas, mais ses questions insidueuses sont suffisantes pour emmener le dialogue là où il le désire.)
Il se présente comme un être au-delà de la vie ("la vie n'a pas été la partie la plus palpitante de mon... existence") ; un être à la fois mort et en vie, une créature surnaturelle ("Moi, quand j'ai plus rien à faire ici, je me retire... Plus une goutte d'eau. Plus un rayon de soleil. Je me dessèche, de la tête aux pieds, en un petit cadavre sous un tas de feuilles... Les saisons me survolent sans me soupçonner... (...) Alors là, j'ouvre un œil, je rampe, mangeant la neige, léchant l'eau croupie... et mes ennemis tressaillent, car à me voir boire, ils comprennent que je suis de retour.")
Mais sa véritable arme jusqu'alors c'était uniquement la menace, la parole, la voix (et quelle voix!). Jamais il n'a réellement prouvé son lien avec les dieux, jamais il n'a manifesté de pouvoir magique -- c'est même tout le contraire qui se produit, quand il révèle à Lancelot que "la marionnette n'était pas enchantée, j'ai menti ", après l'avoir enjoint à frapper la marionnette d'Arthur d'un coup de couteau. Il nie la magie mais affirme le pouvoir de la parole, le mensonge, la perfidie.
Or cette fin de livre V l'éclaire d'un jour nouveau, l'échec de Lancelot l'obligeant à sortir de son inaction. Il remplace la parole par l'action, dans son rôle de guide (il dit qu'il n'est pas payé "pour faire la conversation" V, 44) ; c'est surprenant, dépaysant... angoissant.
Toute cette nouveauté dans le champ de ses actions semble atteindre son paroxysme dans l'épisode post-théâtre, qui pourtant l'évoque dans son titre, V, 48, le Théâtre Fantôme. Cette intervention directe dans la destinée d'Arthur, cette grotesque manipulation est un gros morceau à avaler, pour moi pauvre fan à genoux devant le diabolique Méléagan, dantesque sans même avoir à bouger, rien qu'avec la voix et les mains.
Toutefois, on peut envisager de voir cela non pas comme de la magie, ce qui ferait de Méléagan un être définitivement surnaturel, et plus juste à la limite entre deux mondes, un monstre d'illusion ; Méléagan manipule la pythie, faussant le jugement d'Arthur, mais grâce, là encore, à son arme de prédilection, la parole. Il influence, il parle et fait réfléchir ; Prisca est juste plus réceptive, et Arthur dupé, parce qu'il pensait entendre la parole des dieux.
{J'ai trouvé ça troublant et très bien vu : les enfants qui fuient comme une volée de moineaux à l'approche de Méléagan. Le patron des itinérants, quant à lui, reste près de lui, c'est son ami ("les saltimbanques sont un peu les amis de tout le monde" V, 47)... Sans doute parce que les comédiens manient l'art de la parole tout autant que Méléagan, parce que l'homme en noir est lui aussi un "itinérant", en quelque sorte.}
* Peut être l'évocation de l'aspect immatériel, intangible du théâtre, qui crée une fenêtre dans la réalité, vite refermée dès que le jour se lève. Fantôme donc, parce que sitôt le soleil levé, il ne reste que l'estrade et des comédiens en apparence affables ("Mais on vous aime, nous." V, 48).
vendredi 7 décembre 2007
Kaamelott, V, 47, le Garçon qui criait au loup
L'épisode du théâtre (pas encore diffusé, je me base sur la version longue pour parler) méritait selon moi une explication, un développement particulier. Parce qu'on nous apprend, en littérature -- mais l'écriture d'Astier est assez pensée pour que l'analyse soit facilement transposable -- que les moments où un récit s'inscrit à son tour dans le récit central sont les plus importants, les plus puissants. C'est là où le récit fait retour sur lui-même pour mettre en lumière, par le biais de l'histoire racontée par un personnage, ou grâce à une scène de théâtre (cf. Hamlet), des éléments qui n'étaient jusqu'alors qu'évoqués et sur lesquels l'artiste veut attirer l'attention de son public. Par cette mise en abyme, Astier invite à reconsidérer tout le début du livre V ; par cet épisode du théâtre il nous offre les clefs pour comprendre une partie de son oeuvre.
Ce qui suit dévoile tout ou partie du livre V, puisque mon analyse prend en compte plus largement tout ce qui précède la rencontre d'Arthur avec les comédiens ambulants. Vous voilà prévenus.
Arthur, en quête de sa "descendance" (V, 43), en quête de tendresse, en quête d'une raison de vivre peut-être, a abandonné ses responsabilités de roi de Bretagne, et son voyage l'a mené jusqu'à la côte, d'où il ne sait comment rentrer à Kaamelott. Méléagan, qui se présente à lui comme un guide -- et j'ai déja dit toute l'ambiguité de ce guide, physique et métaphysique, celui que l'on nomme la Réponse (V, 21), et qui conseillait auparavant Lancelot -- l'emmène de révélation en révélation, depuis la maison de son père adoptif à la rencontre énigmatique avec une troupe de théâtre ambulant. Méléagan avait déjà évoqué précédemment tout l'amour qu'il avait pour les rencontres ("J'ai rencontré cette personne [Viviane] au détour d'un village de mineurs, et sa détresse m'a ému") et pour les spectacles, qu'ils soient artistiques ("Avez-vos déjà assisté à une réprésentation des puppies?") ou simplement nés de l'activité humaine ("les marchands de bottes, les marchands de corde, les forgerons...") ; et c'est bien visible dans son sourire de gosse émerveillé, au premier rang pendant le spectacle.
Cette pièce de théâtre est particulièrement intéressante dans sa mise en scène, son articulation dans le récit principal. Ici encore ce qui prime dans l'écriture d'Astier c'est la partie dialogue, et non pas l'aspect visuel proprement dit. Cependant, l'image, avec ce grain particulier, et la pénombre dûe à l'éclairage unique de la scène et du public par des lanternes, donne un cachet étrange et déroutant à l'ensemble. La pièce, c'est une libre adapation de la fable d'Esope, le garçon qui criait au loup, récit apologique par excellence, mais c'est surtout une mise en scène interactive, qui prend forme sous nos yeux. Une pièce participative, où le public devient acteur, les acteurs de la troupe se relayant quant à eux dans le rôle du narrateur. Un récit dans un récit dans un récit. Les répliques fusent, s'enchaînent, c'est vraiment rythmé, sans le moindre temps mort, sans le moindre silence, parce qu'au théâtre "parler c'est agir", et que celui qui se tait est mort.
Qui dit mise en abyme dit sens caché, ou du moins parabole symbolique. Ici, cette idée de mensonge à l'issue tragique pour celui qui le profère, semble renvoyer à l'épisode V, 25, L'Elu, épisode au nom parfaitement antithétique, puisque c'est là qu'Arthur -- l'élu des dieux -- renonce à retirer l'épée et formule le mensonge programmatif de toute la fin du livre V ; au "mais vous êtes l'élu" de Viviane, Arthur s'empresse de répondre "les dieux n'ont pas l'air de votre avis". Il s'ensuit le fameux "c'est plus moi le roi, c'est tout, point" (ibid), dont les échos affaiblis traversent de part en part la deuxième moitié du livre V : "arrêtez de m'appeler sire", "je ne suis plus roi"... En quelque sorte le mensonge de départ, forgé de toute évidence pour avoir la paix, pour se libérer du fardeau de la responsabilité du pouvoir (V, 26, 27), prend des proportions inattendues. Le rappel incessant de ce pouvoir passé, à la fois par l'apostrophe "sire" qui est sur toutes les lèvres et par la réponse négative d'Arthur, donne force à cet élément ; c'est précisément le contraire de l'effet recherché qui se produit.
Ce refus du pouvoir -- de même que son rappel constant -- fait apparaître une élément selon moi constitutif du personnage d'Arthur (Certes, on s'écarte un peu de l'analyse de la scène du théâtre, mais c'est pour mieux y revenir ensuite) : le manque, le vide. Si Arthur n'est plus roi, il reste cependant "anciennement le roi Arthur" (V, 36), il est celui qui n'est plus roi, mais il ne parvient pas à se définir autrement que négativement, par rapport à ce rôle passé. D'où la recherche d'un but -- trouver ses enfants, ce qui à première vue parait illogique, absurde ; la phrase d'Arthur "faut que je trouve mes enfants, ya plus que ça qui m'intéresse" (V,31), laisse perplexe et déroute par sa formulation radicale, absolue -- de quelque chose pour combler le vide laissé par l'abandon du pouvoir. Dans cette fin de livre V, les seules fois où Arthur sourit, c'est quand il remet les autres à leur place (V, 30) -- quand il se montre digne d'Ogma, le dieu irlandais "qui terrasse ses ennemis par l'éloquence" -- et quand il rêve de ses enfants (le sourire de la fin...)
Cette idée de manque, c'est peut être également Arthur qui, incapable de voir l'amour réel que lui portent Guenièvre et Perceval, sans doute pas clairement exprimé mais présent, se sent obligé de rechercher la tendresse d'un rêve, l'amour d'un enfant absent, hypothétique. C'est à mon sens dans cette direction qu'il faut entendre le passage chez Anton, le père adoptif. Méléagan le conduit là afin de lui montrer l'amour de cet homme pour quelqu'un d'absent, et l'aveuglement dont il fait lui-même preuve.
Ainsi si l'on en revient au théâtre où les rôles de la pièce, de la fable d'Esope, sont confiés à divers spectateurs : le berger, les moutons, les villageois ("bon, vous, donnez l'impression que vous êtes plusieurs"), le loup enfin, ce qui est intéressant à analyser, c'est la répartition desdits rôles. Méléagan se retrouve mouton, Arthur, bien malgré lui, loup. Un loup pathétique, incapable d'effrayer le berger, bien vite suppléé par Méléagan, bestial. Répartition des rôles d'autant plus étrange qu'elle ne rend pas justement compte de la transposition de la fable dans le récit réél ; en somme c'est la fable sans la morale. Arthur le dit lui-même, il n'aurait pas pu être berger (V, 38) ; il est "chef de guerre", à présent "vagabond". Dux bellorum, on comprend déjà mieux le rapprochement avec le loup ; bien que protégé par le dieu de l'éloquence, on lui demande de grogner, de faire peur, d'imposer sa loi et non pas de manier le beau langage (de raconter des mensonges, tel le berger). Loup incapable d'effrayer, c'est-à-dire roi sans pouvoir, roi constamment nié. Méléagan, a contrario, est une créature redoutable, un loup qui manie les mots, "a wolf in sheep clothing" ; lui, persuade et terrifie à la fois.
Ce n'est donc pas une transposition parfaite de la fable d'Esope qu'il faut voir dans cet épisode du théâtre, mais plutôt un rappel, une intertextualité dans l'écriture d'Astier ; cet apologue tronqué c'est le moment où on se rend compte du jeu qui existe entre la fable et la réalité. Arthur semble avoir compris l'avertissement, quand il dit à Méléagan le lendemain : "Vous ne me ramenez pas à Kaamelott, n'est-ce pas?" Il a de lui-même rétabli la fin manquante ; il est l'acteur de sa propre fin, réjoignant par là le but de Méléagan, le "sabordage" [des gens] (V, 38).




